Alors que j'agonise encore ici, mon cadavre est déjà en train de pourrir là-bas.
La science avance, j'ai réussi à dupliquer mon décès.
Là où certains ressuscitent, je parviens à mourir plusieurs fois de suite. Il est probable qu'en vivant dans le XIIIe, mon signe astrologique chinois ait pris le dessus: à l'inverse d'un chat qui retomberait toujours sur ses pattes au cours de ses sept vies consécutives, j'ai lentement muté vers le rat d'égout qui se fera écrasé où qu'il aille, et qui une fois mort, prendra le soin de se tuer encore.
mercredi 8 juillet 2009
L'anonymat parfait.
Même si l'on est pisté par notre passe Navigo, que des milliers de caméras nous surveillent et que chacune de nos communications téléphoniques sont filtrées, ce qui est bien à Paris, c'est cette sensation d'anonymat complet. Des millions d'êtres nous entourent, et nous au milieu, on existe. Et heureusement qu'il nous reste cette intime conviction d'exister, car sans ça, nous ne serions pas perçus autrement que des colis suspects. Bons à faire exploser.
Moi, au milieu de ces bombes ambulantes, j'attends un appel ou au minimum, un signe qui me prouverait que j'existe aussi pour quelqu'un d'autre. Mais dans cette sublime solitude, je me trouve bien con. Pire que les refus, j'affronte l'ignorance, l'absence de réponse, le message lu sans retour, les répondeurs et l'oubli.
Le vrai problème dans l'isolement, c'est de n'avoir personne à qui en parler.
Moi, au milieu de ces bombes ambulantes, j'attends un appel ou au minimum, un signe qui me prouverait que j'existe aussi pour quelqu'un d'autre. Mais dans cette sublime solitude, je me trouve bien con. Pire que les refus, j'affronte l'ignorance, l'absence de réponse, le message lu sans retour, les répondeurs et l'oubli.
Le vrai problème dans l'isolement, c'est de n'avoir personne à qui en parler.
lundi 22 juin 2009
4x3
Elle est revenue, se vautrant sur la faïence comme chaque année à la même époque.
Elle luit. Certains voudraient nous faire croire qu'elle s'est lascivement enduite d'huile de monoï, qu'elle fleure bon la fraicheur d'un soir d'été, que sa peau s'est teintée de la sorte sous l'effet d'un soleil radieux. Irradiant. Je sais que c'est faux. Elle est marron car dans cette cave surchauffée ou s'entasse des millions d'ivrognes chaque jour, la saleté colle à la peau, elle s'engouffre dans chaque pore suintant de sueur et d'alcool.
Cette pute nue luit de crasse.
Moi, seul devant cette fille de 3 mètres de long, je me laisse envahir par une vague de sentiments contradictoires. Je la trouve belle et immonde à la fois, un désir violent me saisit. Elle et cent mille autres images m'ont fait devenir une niche sentimentale: 25-30 ans, CSP+, Célibataire, Athée, Apolitique, Dépressif ; elles ont changé ma perception esthétique, modelé mes préférences sexuelles, entretenu cette attente de la femme parfaite: la salope distinguée mêlant libido, réflexion, amour et divertissement.
Je réagirai donc en homme: je suis persuadé que la seule manière de l'aimer vraiment serait de l'honorer d'un viol public. Prolonger son existence publicitaire par la création d'un tel happening serait sans aucun doute la plus belle des preuves d'amour.
Elle luit. Certains voudraient nous faire croire qu'elle s'est lascivement enduite d'huile de monoï, qu'elle fleure bon la fraicheur d'un soir d'été, que sa peau s'est teintée de la sorte sous l'effet d'un soleil radieux. Irradiant. Je sais que c'est faux. Elle est marron car dans cette cave surchauffée ou s'entasse des millions d'ivrognes chaque jour, la saleté colle à la peau, elle s'engouffre dans chaque pore suintant de sueur et d'alcool.
Cette pute nue luit de crasse.
Moi, seul devant cette fille de 3 mètres de long, je me laisse envahir par une vague de sentiments contradictoires. Je la trouve belle et immonde à la fois, un désir violent me saisit. Elle et cent mille autres images m'ont fait devenir une niche sentimentale: 25-30 ans, CSP+, Célibataire, Athée, Apolitique, Dépressif ; elles ont changé ma perception esthétique, modelé mes préférences sexuelles, entretenu cette attente de la femme parfaite: la salope distinguée mêlant libido, réflexion, amour et divertissement.
Je réagirai donc en homme: je suis persuadé que la seule manière de l'aimer vraiment serait de l'honorer d'un viol public. Prolonger son existence publicitaire par la création d'un tel happening serait sans aucun doute la plus belle des preuves d'amour.
dimanche 7 juin 2009
Paris m'a tuer
Ça y est.
Ils sont tous autour de mon cadavre, me posant des questions auxquelles je n'ai pas de réponse. Ils pourraient me frapper à coups de bâton que je ne me sentirais pas moins mort.
Mon corps vient d'échouer à 400 kilomètres du lieu que je déteste le plus au monde, et pourtant j'ai l'impression d'y être encore. Cette fadeur extrême dans ma perception de toute chose n'est désormais plus un sentiment sédentaire: ici comme là-bas, plus rien ne m'excite. C'est même pire, tout ici me fait voir à quel point je rate ma vie, dans chaque domaine. Mes amis ont fait leur deuil, mes veuves ne sont plus seules.
Je crois que j'ai envie de me terrer dans la cité qui m'a assassiné pour qu'on cesse de me poser cette question:
"Alors, quand est-ce que tu reviens ?"
Jamais.
Je suis mort là-bas, et ici on exhume mon cadavre pour en faire une pinata.
Ils sont tous autour de mon cadavre, me posant des questions auxquelles je n'ai pas de réponse. Ils pourraient me frapper à coups de bâton que je ne me sentirais pas moins mort.
Mon corps vient d'échouer à 400 kilomètres du lieu que je déteste le plus au monde, et pourtant j'ai l'impression d'y être encore. Cette fadeur extrême dans ma perception de toute chose n'est désormais plus un sentiment sédentaire: ici comme là-bas, plus rien ne m'excite. C'est même pire, tout ici me fait voir à quel point je rate ma vie, dans chaque domaine. Mes amis ont fait leur deuil, mes veuves ne sont plus seules.
Je crois que j'ai envie de me terrer dans la cité qui m'a assassiné pour qu'on cesse de me poser cette question:
"Alors, quand est-ce que tu reviens ?"
Jamais.
Je suis mort là-bas, et ici on exhume mon cadavre pour en faire une pinata.
mercredi 27 mai 2009
Un diner sur la Seine
Et si un jour je venais à tomber amoureux de la plus belle des mouches?
Je la vois déjà, éblouissante et sereine, courant sur mon cadavre vomi par la Seine. Moi, écorché, sur une rive paisible, j'offrirai alors une épaule sur laquelle se reposer. Une épaule d'homme, rassurante et musclée. Une épaule morte, mais rassasiante à souhait.
Je prépare le diner.
Je la vois déjà, éblouissante et sereine, courant sur mon cadavre vomi par la Seine. Moi, écorché, sur une rive paisible, j'offrirai alors une épaule sur laquelle se reposer. Une épaule d'homme, rassurante et musclée. Une épaule morte, mais rassasiante à souhait.
Je prépare le diner.
mardi 19 mai 2009
De la poudre dans les yeux aussi.
Je ne savais pas qu'il était possible de feindre l'euphorie à ce point.
Déposé au milieu de trois cents personnes, largué dans ce parc de divertissement forcé, je me retrouve seul dans une foule désinhibée.
Je suis seul. Je suis sobre.
Faire figure de vieux con m'importe peu, la joie simulée m'excite autant qu'un suicide raté.
Je suis donc là, noyé dans un vacarme continu et entouré par des sexes saouls s'agitant sur des vibrations régulières. Une adolescente parle en rythme de champagne, de sexe et de cocaïne avec accent anglais mal imité. La dictature de la joie est désormais établie partout, même dans ce qui sert de musique. J'essaye de m'acclimater, mais tout ce que je fais semble devoir me faire culpabiliser, je ressens une pression énorme qui veut me forcer à m'amuser: demander une boisson sans alcool est suspect, aller pisser sans en revenir plus en forme que jamais est troublant.
La fête à Paris est une caricature.
Je ne m'amuse donc pas, mais j'observe. Assis sur le coin d'une table, je découvre des corps en mouvements, des individus qui en deviendraient presque intéressants par leur inquiétant mimétisme: ils sont toutes habillés de la même façon, ils ont tous le même comportement.
Et surtout, même dans leur état, ils consomment.
De l'alcool pour dire beaucoup de choses, de la musique forte pour en entendre peu et de la drogue parce que c'est mieux. Puis ils se consomment aussi entre eux: les numéros de téléphone se monnaient en cigarettes, les baisers en mojitos. Chaque émotion se voit vendue au plus offrant, une prostitution sentimentale régie par les lois du marché. Au fil des heures cet endroit est devenu le temple d'un monologue consumériste désolant de sophistication. La simplicité du dialogue n'existe pas ici.
Je me lève, et je fini mon verre. J'aurai tenté de comprendre le principe de joie collaborative, mais faire semblant de m'amuser coute bien trop cher à mes yeux.
J'aimerai tant être saoul pour vomir.
Déposé au milieu de trois cents personnes, largué dans ce parc de divertissement forcé, je me retrouve seul dans une foule désinhibée.
Je suis seul. Je suis sobre.
Faire figure de vieux con m'importe peu, la joie simulée m'excite autant qu'un suicide raté.
Je suis donc là, noyé dans un vacarme continu et entouré par des sexes saouls s'agitant sur des vibrations régulières. Une adolescente parle en rythme de champagne, de sexe et de cocaïne avec accent anglais mal imité. La dictature de la joie est désormais établie partout, même dans ce qui sert de musique. J'essaye de m'acclimater, mais tout ce que je fais semble devoir me faire culpabiliser, je ressens une pression énorme qui veut me forcer à m'amuser: demander une boisson sans alcool est suspect, aller pisser sans en revenir plus en forme que jamais est troublant.
La fête à Paris est une caricature.
Je ne m'amuse donc pas, mais j'observe. Assis sur le coin d'une table, je découvre des corps en mouvements, des individus qui en deviendraient presque intéressants par leur inquiétant mimétisme: ils sont toutes habillés de la même façon, ils ont tous le même comportement.
Et surtout, même dans leur état, ils consomment.
De l'alcool pour dire beaucoup de choses, de la musique forte pour en entendre peu et de la drogue parce que c'est mieux. Puis ils se consomment aussi entre eux: les numéros de téléphone se monnaient en cigarettes, les baisers en mojitos. Chaque émotion se voit vendue au plus offrant, une prostitution sentimentale régie par les lois du marché. Au fil des heures cet endroit est devenu le temple d'un monologue consumériste désolant de sophistication. La simplicité du dialogue n'existe pas ici.
Je me lève, et je fini mon verre. J'aurai tenté de comprendre le principe de joie collaborative, mais faire semblant de m'amuser coute bien trop cher à mes yeux.
J'aimerai tant être saoul pour vomir.
mercredi 6 mai 2009
Violet
Elle est seule dans le dernier wagon du dernier métro.
Elle a bu. Elle a peur.
Sa jupe ne couvre pas ses genoux, et ni son maquillage plâtreux ni ses bas trop fins ne peuvent lui apporter un quelconque sentiment de protection.
Elle tente de paraître intouchable dans cette carcasse vide qui la ramène chez elle, mais à chaque arrêt, elle se sent nue et à la merci du premier venu.
Le voila qui entre.
Tête basse, un blouson en cuir et une démarche qu'il maitrise à peine.
Elle a peur. Il a bu.
Assis face à face elle sent qu'il vient de la déshabiller d'un regard suant l'alcool et l'ennui. Elle voudrait lui cracher à la gueule et le faire payer pour tous les autres. Le courage lui manque, et la force aussi.
Lui la trouve belle, même s'il la trouve trop maquillée.
Les jolies filles lui font parfois oublier qu'il déteste ces fin de soirées en solitaire, et aussi qu'il se déteste de la même manière.
Mais comme toujours, il voit bien qu'elle fait tout pour éviter de le regarder. Il se sent seul et ignoré, il se surprend à vouloir pleurer en se demandant pourquoi il n'aura jamais la chance de se réveiller à ses côtés.
Ils ont bu, il a peur.
Il va sortir au prochain arrêt, il doit se lever.
Il en violera une autre pour se venger.

illustration par RAin.
Elle a bu. Elle a peur.
Sa jupe ne couvre pas ses genoux, et ni son maquillage plâtreux ni ses bas trop fins ne peuvent lui apporter un quelconque sentiment de protection.
Elle tente de paraître intouchable dans cette carcasse vide qui la ramène chez elle, mais à chaque arrêt, elle se sent nue et à la merci du premier venu.
Le voila qui entre.
Tête basse, un blouson en cuir et une démarche qu'il maitrise à peine.
Elle a peur. Il a bu.
Assis face à face elle sent qu'il vient de la déshabiller d'un regard suant l'alcool et l'ennui. Elle voudrait lui cracher à la gueule et le faire payer pour tous les autres. Le courage lui manque, et la force aussi.
Lui la trouve belle, même s'il la trouve trop maquillée.
Les jolies filles lui font parfois oublier qu'il déteste ces fin de soirées en solitaire, et aussi qu'il se déteste de la même manière.
Mais comme toujours, il voit bien qu'elle fait tout pour éviter de le regarder. Il se sent seul et ignoré, il se surprend à vouloir pleurer en se demandant pourquoi il n'aura jamais la chance de se réveiller à ses côtés.
Ils ont bu, il a peur.
Il va sortir au prochain arrêt, il doit se lever.
Il en violera une autre pour se venger.

illustration par RAin.
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